Les textes

Désiré Chevalier

Un maître école allaudien

1915-2013

Lucien Aschieri

Gérard Bartéi

 

« C’est le rôle essentiel du professeur d’éveiller la joie de travailler et de connaître » (Albert EINSTEIN)


Monsieur Désiré CHEVALIER est décédé à ROGNES il va y avoir quatre ans. Il fut instituteur dans notre village de 1938 à 1950 avant de réaliser une brillante carrière d’enseignant à l’école Normale d’application des maitres d’Aix en Provence. Malgré le temps écoulé ses anciens élèves dont je suis et quelques vieux allaudiens se souviendront sûrement de ce « maître » à la forte personnalité qui resta toujours attaché à Allauch.



Chevalier Cazaux Garrus RevoilMonsieur Désiré CHEVALIER originaire de JAUSIERS dans les Alpes de Haute Provence, issu d’une famille de 10 enfants, avait connu ALLAUCH tout jeune alors qu’il faisait ses études secondaires ; on pouvait le rencontrer dans le village où il montait à bicyclette faire des courses chez les commerçants depuis Enco de Botte où une parente l’hébergeait. Formé ensuite à l’école Normale d’Instituteurs d’Aix en Provence, il fut affecté à l’Ecole Communale de garçons d’ALLAUCH en 1938 en même temps que ses collègues René GARRUS et Paul REVOIL qui s’implantèrent plus durablement dans notre commune.
Avec sa femme Claudine, elle aussi institutrice à l’école communale de filles, puis leurs deux enfants, Jean Louis et Hélène, nés à Allauch, ils habitaient comme d’autres enseignants un logement de fonction au centre de l’école, où ils hébergeaient souvent des soeurs et des nièces de passage.
Sa classe était située au 1° étage du bâtiment principal, au dessus du « sous-marin » classe de Monsieur REVOIL dénommée ainsi en raison de sa forme étroite et longue. On y accédait par un escalier extérieur arrivant sur un balcon d’où l’on avait une vue magnifique sur la campagne allaudienne. En novembre 1942 les troupes allemandes ayant envahi la zone sud de la France s’installèrent dans nos écoles, et sa classe avait du migrer dans une salle située au dessus du Bar de l’HOSTELLERIE, sur la Place de l’Eglise qui nous servait aussi de cours de récréation. C’est depuis les fenêtres coté sud de cette salle dominant Marseille que le 27 mai 1944 en fin de matinée après le cri sinistre de la sirène située sur le clocher en face, nous avions assisté de loin au bombardement de Marseille par les Américains. Nous étions aux premières loges pour observer pendant plus d’une heure le passage des vagues successives d’avions au travers des éclatements gris de la DCA allemande et de la poussière, des flammes et de la fumée provoquées par l’explosion des bombes. C’était la première fois que nous assistions à un spectacle aussi terrifiant qui devait faire plus de 1000 morts parmi la population civile et nous marquer à jamais.

Trois mois après, le 21 août 1944, Allauch était libéré par le 7° régiment de Tirailleurs Algériens, et pendant une période de transition la ville fut administrée par un Comité de Libération, puis par une Délégation Municipale nommée par le préfet dans l’attente de prochaines élections. Sûrement remarqué pour ses qualités citoyennes et républicaines, Monsieur CHEVALIER en fut l’un des membres désigné sous la présidence du Maire le Dr Louis BRUNET.
Nous étions environ 25 élèves dans sa classe, la plupart destinés à passer le Certificat d’Etudes pour entrer ensuite dans la vie active professionnelle. L’entrée au collège puis au lycée n’était pas systématique et obligatoire comme actuellement ; pour suivre des études secondaires, il fallait présenter le Concours d’entrée en 6° et nous étions trois dans ce cas dont l’un de nous avait été remarqué par notre maitre pour ses capacités intellectuelles ; Monsieur CHEVALIER avait su convaincre et persuader ses parents à lui faire poursuivre ses études, ce qu’il fit brillamment.


Programme Passage à tabacMonsieur CHEVALIER portait toujours une blouse grise serrée à la ceinture, cheveux plaqués, lunettes, qui lui donnaient parfois un air un peu sévère. Il était méthodique, rigoureux, bien organisé. Il avait la pédagogie chevillée au corps, sa vie était toute orientée vers le désir d’apprendre et de transmettre son savoir à ses élèves par tous les moyens. Ainsi en nous décrivant sa chère vallée de l’Ubaye il nous expliquait ce qu’était une vallée glaciaire en U. Pour nous sensibiliser à l’histoire et à la géographie il fallait décrire les monuments du village, chapelle, vieux moulins, église, les gours etc.. et raconter l’histoire locale. Ou bien le lundi matin il trouvait toujours un sujet de leçon auquel il avait pensé la veille dimanche. Selon les saisons, il arrivait avec des champignons, un rameau d’olivier, une branche de vigne, une cigale, etc... qui devenaient le thème du jour. Comme de plus il dessinait bien, pour captiver notre attention il agrémentait ses cours de croquis, dessins, frises, où les couleurs vives éclataient, et nous impressionnaient. Car c’était un coloriste qui aimait dessiner et peindre, passion qu’il pratiqua et exprima toute sa vie. « Je suis fidèlement les animations de la maison (de retraite) et me livre quotidiennement à la peinture » écrivait-il. Ses enfants organisèrent d’ailleurs une rétrospective de ses oeuvres à l’Office du Tourisme de JOUQUES à l’automne 2010 où il était présent et tout heureux encore de rencontrer des anciens amis venus le féliciter.
Sissi peint par Désirée ChevalierAvec son épouse Claudine et leurs proches ils participaient activement à la vie associative allaudienne, essentiellement au sein du Syndicat d’Initiatives et de son foyer culturel OUSTAU d’ALAU dont ils suivaient conférences, sorties, manifestations diverses et faisaient partie intégrante de sa troupe de théâtre amateur. Leur enthousiasme était d’ailleurs contagieux, leurs collègues instituteurs Paul REVOIL et Louis BUHR composaient des morceaux de musique et jouaient dans l’orchestre de la troupe, Gilbert JACQUIER en devint un acteur vedette. Claudine jouait dans les pièces de théâtre de Louis ARDISSONE dont Désiré réalisa chaque année de 1946 à 1951 les décors pour la revue annuelle. Parti d’Allauch en 1950, par amitié et passion il n’hésitait pas à venir d’AIX donner de son temps, passer des soirées, pour fignoler ces décors dans le garage de la fabrique de nougats F. et V. BREMOND à la rue du Pilon, prêté amicalement par Madame Marie Jeanne EYMERY et Monsieur Ange MERLE. C’est à cette époque qu’il peignit le portrait de Marius AILLAUD dit « SISSI » le père de Marie Jeanne, allaudien de souche qui aimait volontiers raconter à ses amis avoir pratiqué, occasionnellement comme quelques autres allaudiens, la contrebande du tabac.

ExpositionSes grandes qualités d’enseignant n’étant pas passées inaperçues des hautes instances de l’Académie, Monsieur CHEVALIER fut promu en 1950 Maitre d'Application à l’Ecole Normale d’Instituteurs d’Aix en Provence où sa classe fut très vite surnommée « la mine » par ses élèves, en référence au travail qu’il exigeait d’eux. C’est alors qu’il quitta Allauch, ses élèves et ses amis, auxquels il resta toujours attaché malgré l’éloignement, attachement qu’il exprimait dans ses lettres : « Je reste attaché à ce coin de Provence où sont nés mes enfants », « Si notre silence est grand, notre amitié demeure intarissable et les souvenirs qui nous unissent très solides ».

Monsieur CHEVALIER avec le temps nous ne vous avons pas oublié non plus, nous garderons de vous et de votre passage à ALLAUCH avec votre chère épouse Claudine, le souvenir d’un maitre d ‘école « soldat de l’enseignement », rigoureux, respecté et aimé de ses élèves, d’un homme droit et dévoué aux autres, fidèle en amitié, qui avait su par son dynamisme et son engagement s’intégrer pleinement à la communauté allaudienne.

Sous l'occupation

L'école de la Pounche (Allauch 13190)

pendant l'Occupation

Paule Bonnet

 

Nous sommes en 1942. La « zone libre » vient d’être envahie par l’armée allemande.

Les soldats s’installent partout, occupent  autant que possible tous les lieux publics.

C’est ainsi que l’école primaire de la Pounche est réquisitionnée. Les soldats occupent toutes les classes, il faut trouver d’autres lieux pour les élèves. On trouve des solutions : une classe ira à la Caroline, une autre à La Marie, je ne me souviens pas de tous les lieux mais je sais que ma mère, avec sa classe du Certificat d’Etudes, s’installe au rez de chaussée de la maison de mes grands –parents. C’est commode puisque seul, le canal sépare l’école de leur maison.

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L'identité allaudienne

Monsieur Benoît Arduin

Texte de Lucien Aschieri (Docteur es Lettres)

et Gérard Bartéi (Président de l'Association Mémoire d'École)


Monsieur Arduin, a tenu, tout au long de sa carrière, un registre de correspondance administrative que les archives municipales de Marseille ont acquis. Comment décrire l’émotion qui s’empare, que l’on ressent lorsqu’après avoir feuilleté les quelques pages dont la fine écriture relate les petits et les grands détails d’une vie entièrement consacrée à l’enseignement, on se prend à les restituer dans leur temps ?  
Mais si l’on veut bien entendre les cris dans la cour de récréation, revoir l’horizon des collines derrière les âpres discussions ou se courber sur l’épaule de ce maître d’école penché sur la liste des ouvrages composant la bibliothèque publique, on ne peut que rêver à la lecture d’une demande de congé froidement administrative pour assister au mariage de sa fille.
Qui est ce personnage enfermé dans ces quelques feuilles jaunies ? D’où vient-il. Qu’a-t-il vécu ? Quel est son temps, son époque.
Dans une copie du registre d’Etat Civil de Névache pour la période 1830-1832, on apprend que le propriétaire cultivateur Louis Hyppolite Arduin, âgé de 28 ans, est venu le 6 août 1830, à 5 heures du jour, déclarer devant Jean Antoine, Maire Officier d’Etat Civil, la naissance à 1 heure du matin d’un enfant de sexe masculin à qui il donne le prénom de Benoit.
Cinquante années plus tard, le 1er octobre 1885, Benoit Arduin, Instituteur à Marseille, sera admis à faire valoir ses droits à la retraite. Il quittera l’école de Bonneveine où il enseignait depuis 1881.
Le 22 mai 1885, Victor Hugo mourait à Paris. Victor Hugo, qui dans « Les Misérables » évoquait les Maîtres d’Ecole queyrassins qui parcourent les villages et Benoit Arduin qui traversa le siècle en passant par Gap, Thir, Martignat, Cervières, Allauch et Marseille.
Issu de cette vallée de la Clarée appartenant à la « discrète région de culture » que constitue après une longue évolution la région alpine, il s’intègre complètement, et poursuit la lignée dans cette longue tradition qui depuis le XIVème siècle faisait que des écoles existaient dans le Queyras, dans tous les villages Et ce registre, ce cahier, ne serait-il pas, en quelque sorte, une forme de ces « transitions » qu’étaient les journaux de famille transmis de père en fils ? (1)
Mais ce qui surprend le plus, outre l’ancienneté de l’implantation scolaire, c’est le nombre extrêmement important de ces instituteurs temporaires payés selon leur expérience plus ou moins ancienne et l’intense réseau d’écoles, installées contre une indemnité allouée au propriétaire dont le local choisi pour en tenir lieu, sera presque toujours l’étable.

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L'école de La Pounche

Une école de campagne

Texte de Paule Bonnet

Fille de Simone Charlet (qui a donné son nom à l'école de La Pounche, Allauch 13190)

 

Nous sommes devant l'école de la Pounche. C'est le mois de Juillet 1934. Mes parents, instituteurs, viennent d'y être nommés. Ils souhaitaient que leurs deux jumelles, Lucienne et Paule, profitent du bon air. Nous nous taisons, admiratifs.

La petite école a été construite dans le style provençal. Devant, deux entrées, chacune avec un grand portail et un plus petit couronnés d'une arcade arrondie coiffée de tuiles. Sur la façade ocrée court une frise en mosaïque. Le bâtiment comporte un appartement au 1er étage et, au rez de chaussée, deux grandes classes de part et d'autre d'un second appartement. Il y a deux cours, celle des garçons et celle des filles même si les classes sont mixtes. Elles sont séparées par un mur pas très haut sur lequel s'appuient les W-C. Une porte permet d'aller de l'une à l'autre. Je revois encore ma mère et ses collègues - car, plus tard l'école comportera 5 classes - en train de nous surveiller et de «papoter» sur ce passage. Les cours comportent aussi une terrasse avec pergola. De magnifiques vignes vierges y grimpaient. J'adorais, à l'automne, leurs feuilles rougissantes qui nous servaient, chaque année, de motif pour le cours de dessin. Leur sol carrelé était très pratique pour jouer à la marelle. De chaque coin un petit jardinet bordait la rue. Côté garçons, il y avait un mûrier. Côté filles, pendant des années, ma mère commandait en Hollande, des tulipes qu'elle plantait elle-même. J'ai toujours l'amour des tulipes... 

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1943 : La rentrée des classes à Allauch

Témoignage de Madame Claude D’Amore

Lors de cette rentrée, le 1er Octobre, les écoles de filles et de garçons étaient occupées par les Allemands.
Il avait fallu nous loger tous ailleurs, et la municipalité avait trouvé, de ci, de là, un local, une pièce, un garage, une cave, un appartement…etc

De ce fait, nous allions à l’école qu’une demie journée par jour. Une semaine, les filles allaient en classe le matin, du lundi au samedi et les garçons l’après midi, également du lundi au samedi. (la semaine anglaise et les week-ends n’existaient pas encore). La semaine suivante c’était le contraire, car il fallait se partager le peu de locaux qui avaient été mis à notre disposition… cette situation dura deux ans, c’est-à-dire au cours de l’année scolaire 1942-1943 et l’année scolaire 1943-1944 ; la libération ayant eu lieu au mois d’Août 1944, nous retrouvâmes nos écoles, si j’ai bonne mémoire, au cours de l’année scolaire 1944-45.

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