Les textes

L'école de La Pounche

Une école de campagne

Texte de Paule Bonnet

Fille de Simone Charlet (qui a donné son nom à l'école de La Pounche, Allauch 13190)

 

Nous sommes devant l'école de la Pounche. C'est le mois de Juillet 1934. Mes parents, instituteurs, viennent d'y être nommés. Ils souhaitaient que leurs deux jumelles, Lucienne et Paule, profitent du bon air. Nous nous taisons, admiratifs.

La petite école a été construite dans le style provençal. Devant, deux entrées, chacune avec un grand portail et un plus petit couronnés d'une arcade arrondie coiffée de tuiles. Sur la façade ocrée court une frise en mosaïque. Le bâtiment comporte un appartement au 1er étage et, au rez de chaussée, deux grandes classes de part et d'autre d'un second appartement. Il y a deux cours, celle des garçons et celle des filles même si les classes sont mixtes. Elles sont séparées par un mur pas très haut sur lequel s'appuient les W-C. Une porte permet d'aller de l'une à l'autre. Je revois encore ma mère et ses collègues - car, plus tard l'école comportera 5 classes - en train de nous surveiller et de «papoter» sur ce passage. Les cours comportent aussi une terrasse avec pergola. De magnifiques vignes vierges y grimpaient. J'adorais, à l'automne, leurs feuilles rougissantes qui nous servaient, chaque année, de motif pour le cours de dessin. Leur sol carrelé était très pratique pour jouer à la marelle. De chaque coin un petit jardinet bordait la rue. Côté garçons, il y avait un mûrier. Côté filles, pendant des années, ma mère commandait en Hollande, des tulipes qu'elle plantait elle-même. J'ai toujours l'amour des tulipes... 


Ecole-La-Pounche-petitChaque cour était dotée d'un préau. Il jouait un grand rôle lors des récréations et, plus particulièrement, le banc qui courait tout le long du mur. Un jeu consistait à faire la course et c'était à qui y sauterait la première. Mais, il y avait mieux encore : Quand les jours baissaient, que le froid de l'hiver arrivait, nous avions un autre jeu. Les «grandes» adoptaient toutes «une petite». Pour moi, c'était Catherine Parodi. Les petites jouaient à avoir froid et peur et se précipitaient dans les bras de leur grande qui les attendaient debout sur le banc du préau. J'ai toujours gardé une tendresse particulière pour Catherine et sa mort m'a causé beaucoup de chagrin.

 

La partie située derrière le bâtiment de l'école mérite qu'on en dise quelques mots. L'architecte y avait prévu des dépendances pour les instituteurs. On y trouvait un lavoir, un petit appentis destiné à servir de poulailler et de clapier. Mes parents y ont élevé des pigeons, ils sont, pour moi, liés à un agréable souvenir. Ma sœur et moi nous jouions du piano dans une pièce donnant sur l'arrière de l'école. Quand, aux beaux jours, nous ouvrions la fenêtre, dès que nous commencions à jouer, le couple de pigeons arrivait et restait là à écouter la musique. Un jardinet avait également été prévu. Je me souviens surtout de la cueillette des pois gourmands qui grimpaient sur leurs tuteurs et des magnifiques pois de senteur qui les accompagnaient. Et dire que je n'ai jamais pu en faire fleurir dans mon jardin.

Autour de l'école, on ne voyait que des champs. D'un côté, en contrebas, c'était les prés de notre laitier, Monsieur Beltrando, et les cultures maraîchères de la famille Coulomb. De l'autre côté, là où se trouve l'école maternelle « La farandole » se tenait l'aire de foulage sur laquelle, chaque année, Monsieur Barthélémy venait écraser son blé grâce à son cheval qui tirait un gros rouleau de pierre. Il habitait une maison carrée tout à côté de sa ferme. Elles existent toujours. Des descendants des Barthélémy occupent la maison et Félicien Mottoso, ancien métayer, a racheté la ferme. Derrière l'école, des oliveraies s'étendaient jusqu'à la petite colline qui nous sépare du quartier de canton Rouge. N'oublions pas le canal de Marseille qui surplombe la place de l'école. Il n'y avait alors pas de grillage. Nous aimions monter sur les berges herbeuses au printemps, nous dérangions les sauterelles qui fuyaient sous nos pas, les papillons, les libellules. Ma mère interdisait à ses élèves d'y monter mais nous n'étions pas si bêtes qu'aujourd'hui, personne ne s'est noyé ! Avec les années, l'école s'est agrandie. Les bâtiments n'ont pas changé mais les deux classes ont été coupées en deux et l'appartement inoccupé du rez de chaussée est devenu une classe. Ma mère l'a occupée pendant des années. Elle avait conservé les éléments de l'ancienne cuisine et à l'époque où on avait mis au programme les activités manuelles, elle adorait y faire des cours de cuisine suivis évidemment de délicieux repas pour ses élèves. Elle avait réussi à obtenir également un morceau de terrain pour du jardinage mais là c'était un autre collègue qui s'en occupait. Il y avait dans cette classe vraiment spacieuse une grande armoire, bibliothèque de l'école. Elle m'a apporté bien du bonheur....

Enfin elle avait fait acheter un piano. Elle n'avait pas d'oreille, chantait faux et ne connaissait pas la musique. Dans les premières années, mon père, muni d'un simple diapason, faisait chanter toute l'école : La Truite de Schubert, Coupo santo, «Douce nuit»... Un de ses anciens élèves, René Maurin, me disait il n'y a pas longtemps, que, dans sa classe, on chantait tous les jours. Plus tard, mon père est parti exercer à la Rose - pour avoir l'indemnité des grandes villes ! - et maman a fait appel à ses filles qui étaient entrées au lycée Longchamp. C'est ainsi que, à jour fixe, je me mettais au piano et faisais chanter ses élèves.

De nombreux élèves venaient de loin à pied. Ils habitaient en haut des Aubagniens, à Canton Rouge, ou vers les Platrières. Pendant les premières années, il n'y avait pas de cantine et ils mangeaient leur casse-croute tout simplement dans la classe. L'hiver, ils venaient se réchauffer auprès du poêle à charbon. Pour eux plus particulièrement mais en vérité pour nous tous, le début de la matinée nous paraissait très agréable. Sitôt assis, notre maîtresse nous racontait une histoire. Nous l’écoutions comme s'il s'était agi d'un conte de fée. On a beaucoup décrié «la leçon de morale». Et pourtant c'était, en quelque sorte, une parenthèse, une heureuse transition entre le trajet ou la cour de récréation et le travail scolaire.

Les souvenirs qui viennent d'être évoqués correspondent surtout aux années 30-40. Mais, à dire vrai, il faut attendre les années 70 pour constater une réelle mutation dans le fonctionnement de l'école et dans les mentalités des écoliers.