Les textes

1943 : La rentrée des classes à Allauch

Témoignage de Madame Claude D’Amore

Lors de cette rentrée, le 1er Octobre, les écoles de filles et de garçons étaient occupées par les Allemands.
Il avait fallu nous loger tous ailleurs, et la municipalité avait trouvé, de ci, de là, un local, une pièce, un garage, une cave, un appartement…etc

De ce fait, nous allions à l’école qu’une demie journée par jour. Une semaine, les filles allaient en classe le matin, du lundi au samedi et les garçons l’après midi, également du lundi au samedi. (la semaine anglaise et les week-ends n’existaient pas encore). La semaine suivante c’était le contraire, car il fallait se partager le peu de locaux qui avaient été mis à notre disposition… cette situation dura deux ans, c’est-à-dire au cours de l’année scolaire 1942-1943 et l’année scolaire 1943-1944 ; la libération ayant eu lieu au mois d’Août 1944, nous retrouvâmes nos écoles, si j’ai bonne mémoire, au cours de l’année scolaire 1944-45.

Durant cette période, les élèves de la classe de première (CM2) avaient été réunies dans une salle à l’arrière du bar "Réséda", au terminus du tramway, Cours du 11 Novembre. Les enfants bénéficiaient à cet endroit là d’une petite cour pour leur récréation. C’est dans cette cour que l’on amena un jour, les élèves de chaque classe pour y faire la photo annuelle, de l’année 1943-1944 ; les cours étaient assurés par Madame Puech, directrice de l’école de filles.
La classe de seconde (CM1) était logée dans un appartement, face à l’église, au premier étage. Je ne sais pas où se passait la récréation, mais je suppose qu’elle devait avoir lieu sur la place de l’église. Les cours étaient donnés par Madame Arnaud.

La classe de troisième, (CE2), c’était la mienne, avait trouvé place dans la cave d’une maison située au bout de la rue Notre Dame, à droite et au sommet de la descente qui va vers l’ancienne carrière. Cette descente s’appelle aujourd’hui rue Trinière (voir illustration ci-contre) et la carrière est devenue maintenant le Théâtre de la Nature.

transhumanceCette maison construite à même la pente de la colline, est, d’une part, en rez-de-chaussée, sur la rue Léon Jouve qui la sépare de l’école de garçons, et d’autre part, sur une cave à demi enterrée dans le sol, avec une petite aération laissant passer à peine le jour, du côté de la rue Trinière. Je suis allée sur place, voir le nom de cette villa. Elle est située au n° 12 de la rue Léon Jouve : Le Roucas. A côté, en allant vers les écoles, se trouve au n° 8, la villa Rosette qui appartenait à la famille Impélitiéri. A l’époque, il n’y avait que ces deux bâtisses dans cette rue et après la villa Rosette, nous avions accès aux rochers qui s’y trouvent derrière, face à l’ancienne carrière, et qui surplombent la route en contre bas. C’est par là que les enfants qui habitaient au chemin du Guéridon, à Gramenoué et aux Embus, se plaisaient à passer, avant et après l’occupation, matin, midi et soir pour aller et revenir de l’école. Nous faisions ainsi de l’escalade 4 fois par jour, en toute saison.

Pour en revenir à notre cave, nous y avions froid, il y avait de l’humidité et je ne me souviens pas que l’on ait pu y installer un poële. Il nous était impossible de tenir un porte-plume ou un crayon, tant nos petits doigts étaient gelés. C’est la raison pour laquelle, en plein hiver, notre maîtresse, Madame Chevalier avait pris l’initiative de nous emmener promener sur la route des 4 Saisons en chantant. Nous nous réchauffions ainsi au soleil. Nous prenions quelque fois le chemin de la Craie, après le château Carlevan et nous allions tout au bout, en pleine colline, au château de Montespin. Il ne restait pas grand chose de ce château, si ce n’est qu’un grand pan de mur encore debout. Un pin énorme était tombé, et il y avait des vestiges de ce qui avait été certainement une grande propriété.

En arrivant, dans notre cave, il nous restait encore un peu de temps avant la sortie, pas assez pour nous mettre sérieusement au travail, mais assez pour chanter. Notre institutrice nous faisait chanter la Marseillaise en sourdine, afin que les Allemands qui étaient dans l’école de garçons, de l’autre côté de la rue, ne nous entendissent point. La classe de 4ème, (CE1), était plus gâtée que nous. Elle avait pris place, face à nous, dans le garage d’une villa située à gauche et en haut de la rue Trinière, en plein soleil, avec suffisamment d’espace devant pour servir de cour de récréation… C’était Madame Garrus qui avait cette classe. Nous avions fini par la rejoindre, le temps de la récréation, car nous n’avions que le chemin (nommé "rue" aujourd’hui) à traverser.

Je ne sais plus où se trouvait la classe de 5ème (CP), bien que je me souvienne de sa maîtresse dont j’ai oublié le nom.

Cependant cette situation ne pouvait pas durer, il fallait que nous fassions notre année scolaire. Nous eûmes la chance de nous voir attribuer les deux salles du patronage, avec cour clôturée, spacieuse, situé sur le côté de l’aire des vieux moulins.

De là, nous dominions toute la campagne, les Gours, les Aubagnens, et au fond Marseille. Il n’y avait en contre bas que quelques fermes de ci, de là, et quelques maisons, tout le reste était verdure. On nous avait installé un poële au milieu de la classe et nous y avons vécu des jours heureux.

Crédit photo : Allauch-Mémoire