Les textes

Sous l'occupation

L'école de la Pounche (Allauch 13190)

pendant l'Occupation

Paule Bonnet

 

Nous sommes en 1942. La « zone libre » vient d’être envahie par l’armée allemande.

Les soldats s’installent partout, occupent  autant que possible tous les lieux publics.

C’est ainsi que l’école primaire de la Pounche est réquisitionnée. Les soldats occupent toutes les classes, il faut trouver d’autres lieux pour les élèves. On trouve des solutions : une classe ira à la Caroline, une autre à La Marie, je ne me souviens pas de tous les lieux mais je sais que ma mère, avec sa classe du Certificat d’Etudes, s’installe au rez de chaussée de la maison de mes grands –parents. C’est commode puisque seul, le canal sépare l’école de leur maison.

Arrêté de couvre-feuDurant les premiers mois c’est l’armée traditionnelle qui occupe les classes. On les appelle « les verts de gris » ce qui n’est pas bien méchant. Nous habitons au premier étage de l’école juste au-dessus des classes. Le soir, nous écoutons « Ici Londres, les Français parlent aux Français » suivi d’une sonnerie que je n’oublierai jamais : 3 sons brefs puis un long, à plusieurs reprises. La voix dans le poste est faible et nous n’avons pas trop peur. Mon père arrive quelquefois à parler à l’un des soldats qui est Autrichien et qui parle un peu français. Nous allons souvent le soir jouer au bridge à Plan de Cuques chez nos cousins. Le trajet est rapide car, à la Tiranne, nous descendons directement vers le Jarret en traversant le canal. Aujourd’hui, ce chemin est fermé, le canal cadenassé. Ces soirées sont nos seules distractions. Nous jouons tous au bridge, les parents dans la salle à manger tandis que nos cousines, Malou et Mimi, ma soeur Lucienne et moi, nous jouons dans la cuisine. Il y a parfois beaucoup de fougue, de cris, de rires tant dans la cuisine qu’à la salle à manger. Il nous est même arrivé d’oublier l’heure du couvre-feu mais les sentinelles nous ont toujours laissé entrer.

Tout a changé quand les S.S. sont arrivés. Des petits tanks on t envahi la place.Leur état-major a voulu s’installer chez ma grand’mère. Mais maman n’avait pas du tout envie de se laisser faire. Entre elle et le capitaine, le son est monté. A un moment donné, l’officier lui a dit « vous oubliez que nous avons gagné la guerre » A quoi ma mère a rétorqué « pour le moment ! »

L’officier, furieux, a prévenu le maire d’Allauch, un pétainiste évidemment, mais un homme bienveillant qui a calmé le jeu. Ces soldats étaient plus bruyants, plus agressifs et j’ai eu, pour mission, d’aller coucher chez ma grand’mère toutes les nuits car mon grand-père était mort au mois de janvier 1942. Tous les soirs, mon père m’accompagnait et, tous les matins, il venait me chercher. C’était l’heure de l’hébertisme pour les soldats et je m’amusais beaucoup intérieurement à passer au milieu d’eux en train de faire des pompes ou des étirements.

Inutile de dire que j’attirais tous les regards pendant la traversée de la cour.

Je me demande souvent quel secours pouvait être pour ma grand’mère une gamine de quatorze à quinze ans ! je plaisante mais ce fut une période extrêmement difficile, avec une peur latente accompagnée d’une envie de plus en plus pressente de voir arriver la fin de la guerre.

Et puis, un beau jour, maman, en ouvrant les fenêtres, a poussé un cri de joie : les tanks avaient disparu et l’école
Les Allaudiens rencontrent les libérateurs était vide !! Dans la nuit, sans bruit, ils étaient partis.

Quelques jours après, les soldats du 7e Tirailleur arrivaient à Allauch par la route des Termes. Nous étions sur la terrasse et, tout à coup, au niveau du petit mur qui séparait le
préau des classes, nous avons vu apparaître la tête noire du premier libérateur ! Ma grand’mère d’émotion, s’est évanouie et nous, fous de joie, nous riions, nous pleurions en embrassant ce brave soldat.

C’était fini !

Enfin nous allions pouvoir VIVRE !