Les textes

L'identité allaudienne (1/4)

Mémoire et histoire

Lucien Aschiéri

Docteur ès Lettres

 

ArmoiriesPendant longtemps la cité phocéenne, circonscrite dans ses remparts, était distante d’une douzaine de kilomètres du bourg allaudien. Mais du fait que l’éloignement se mesure, le plus souvent, en temps nécessaire pour relier deux points, vu la lenteur des transports à cette époque- le parcours s’effectuant le plus souvent à pieds, parfois en charrette-, il s’agit de prendre en compte l’éloignement ressenti ou vécu plutôt que l’évaluation kilométrique de la distance géographique.

Cependant, malgré cet éloignement vécu, la ville demeurait présente par sa domination économique. Des bourgeois marseillais possédaient terres et bastides à Allauch. Cet assujettissement, cette pesanteur économique nourrissait un certain ressentiment qui démarquait l’Allaudien du Marseillais. Ainsi, la double barrière, économique et géographique, préservait l’identité allaudienne.

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L'identité allaudienne (2/4)

Mémoire et histoire

Lucien Aschiéri

Docteur ès Lettres

 

Le second thème : « La vision idyllique du passé » est l’évocation d’une sorte d’âge d’or disparu, un paradis perdu. Ce qui frappe dans cette évocation, c’est que les faits ne sont jamais datés dans les récits de mes interlocuteurs. Ils sont souvent amalgamés, combinés, resserrés pour présenter un état permanent où rien ne bouge mais qui disparaît brutalement à un moment donné. Aucune évolution dans ce temps suspendu. Soudain, une cassure s’opère, une mutation irréversible intervient. C’est là, à la limite d’un avant et d’un après que l’événement fait saillie. Il surgit comme une île au milieu d’une mer étale : point de repère entre deux étapes d’un voyage vers l’inconnu. Le grand virage pour les Allaudiens se situe à la fin du deuxième conflit mondial : « Après 1945, tout a changé » répètent-ils fréquemment au cours de nos entretiens. Et ils sont persuadés que rien ne sera plus comme avant.

Et pourtant, la vie était rude pour la plupart des Allaudiens du bourg. Le peu d’industrialisation, la médiocrité de l’agriculture et le manque d’eau contraignirent une partie de la population active à s’employer à Marseille. L’absence de moyens de transport en commun pour se rendre sur les lieux de travail ajoutait une fatigue supplémentaire aux longues heures de labeur. Car, si certains séjournaient durant la semaine à Marseille, ou s’y installaient définitivement, d’autres effectuaient quotidiennement le trajet à pied. C’est le cas des bugadières qui blanchissaient le linge de la bourgeoisie marseillaise ou des revendeuses.

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L'identité allaudienne (3/4)

Mémoire et histoire

Lucien Aschiéri

Docteur ès Lettres

  

Le troisième thème : la contrebande du tabac présente un triple intérêt : tout d’abord, par la massivité et surtout la spontanéité des témoignages ; ensuite parce que j’y vois un exemple de témoignage où la source orale supplée le document écrit qui n’existe pas ou si peu ; enfin, parce qu’il éclaire le fonctionnement de la tradition orale. La massivité et la spontanéité des témoignages sont évidentes pour quiconque se livre à une enquête orale auprès de la communauté allaudienne. Cette attitude pose néanmoins problème : pourquoi ce fait a-t-il été retenu alors qu’il ne valorise pas la communauté ? La rareté de documents s’explique d’une part dans le fait que la répression des fraudes en ce domaine est exercée par les Contributions Indirectes. Or, seules les archives des trente dernières années sont conservées. La contrebande du tabac ayant cessé au début du XXème, les éventuels procès verbaux qui auraient pu fournir de précieux renseignements ont été détruits. D’autre part, il est évident que, par mesure de prudence, les contrebandiers n’ont pas laissé de traces écrites sur leurs activités. Cependant, quelques témoignages indirects permettent d’affirmer que cette contrebande du tabac n’est pas un mythe.

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L'identité allaudienne (4/4)

Mémoire et histoire

Lucien Aschiéri

Docteur ès Lettres

 

A l’examen de ces témoignages, il apparaît qu’à partir de faits réels tout un légendaire ait pris naissance. Le regard porté sur la contrebande diffère du vécu. On assiste à une relecture de l’événement où tension, peur, angoisse sont évacuées pour laisser place à la farce. Le représentant de la loi n’est plus un homme craint, mais un être ridicule, tourné en dérision par les astucieux contrebandiers. Il n’effraie plus, il amuse. Ainsi, brode-t-on sur le thème du gendarme lourdaud joué par le voleur habile. C’est Guignol. Revanche du petit peuple sur l’Etat monopolisateur, envahissant et autoritaire mais, aussi, sur un pouvoir centralisé et dominateur. Revanche de la province sur la capitale…, psychodrame collectif, certes, mais avant tout expression de la cohésion de la communauté. Il est évident que la contrebande ne pouvait subsister que dans un groupe fermé et solidaire. La solidarité se manifestait lors de la visite des commis. Entraide pour échapper aux perquisitions mais aussi mutisme pour ne rien laisser transpirer de ces activités frauduleuses. C’était la loi du silence ou, suivant l’expression d’un témoin : la maffia.

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L'école à Allauch (1/3)

Texte prononcé à l'occasion du centenaire de l'École d'Allauch village par

Bernard Monge

Président fondateur de la Société historique Allauch - Plan de Cuques (13)

 

La première école d'Allauch ne date pas de 1896, certes, cette année-là des locaux neufs adaptés à l'enseignement primaire ont été construits dans le village, mais il y avait chez nous une longue tradition scolaire datant de plusieurs siècles et dont j'ai tenté, en butinant dans la poussière des archives Municipales, de relever quelques aspects.

Ecole-Allauch-Centre-01Les Historiens s'accordent à reconnaître la présence d'écoles dans les petites villes et les gros bourgs dès la fin du moyen âge mais fixent au XVIème siècle la généralisation de la scolarisation qui coïncide avec la francisation du pays bien que l'enseignement soit encore en partie prodigué en latin.

À Allauch, c'est le 11 novembre 1584 - près d'un demi-siècle après l'ordonnance de VILLERS-COTTERETS de 1539 par laquelle François 1er décide de promouvoir le ″langage maternel François″ - que l'on relève dans le registre des Délibérations du Conseil de la Communauté la plus ancienne référence à une école locale. Lors de cette séance, les neufs membres présents ″ont convenu d'un maître pour apprendre et enseigner bien et suivant tout son pouvoir les enfants de tous manants et habitants du dit lieu en la personne de Giraud BERNARD, du lieu d'Allauch, à compter d'aujourd'hui jusqu'à la Saint-Michel prochaine moyennant le paiement de 15 escus de sols payables de 3 mois en 3 mois. La Communauté sera tenue de fournir audit Monsieur BERNARD une maison pour faire estable et habitation et son lit avec linceuls (draps) et bonne couverture. Les particuliers (les parents d'élèves) nourriront ou feront nourrir″.

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